Libye : Pays de sable et de soleil.
…
Ce texte, écrit à l’époque par Bernadette pour illustrer un concours photo,
vient de ressortir des oubliettes pour notre plaisir ! …
Tous les 4x4 ont été préparés avec soin. Depuis des mois, chaque
équipage a pensé à la meilleure façon d’aménager son véhicule pour y loger tout
le nécessaire pour affronter l’immensité du Sahara dans ce grand Raid des
Garamantes.
Après avoir quitté la
Belgique, traversé la France, la Suisse et l’Italie, après avoir pris le bateau
de Gènes à Tunis, après avoir traversé la Tunisie, nous voici enfin en terre libyenne.
Dès Derj, des paysages a faire rêver tous les amoureux des grands
espaces s’étendent sur des kilomètres devant nous. Nous roulons à 5 de front…
Nous découvrons le
territoire libyen, une succession à perte de vue de plaques de dunes semées de
cailloux, de cordons de dunes et d’immenses hamadas pierreuses ou rocheuses.
Malgré l’acharnement du
gouvernement libyen à mettre en place un imposant réseau routier, le pouvoir du
désert reste le plus fort. Toutefois les routes que nous empruntons sont très bien entretenues.
Huit jours après notre départ,
les ravitaillements en nourriture, eau et carburant faits, voici enfin
le dernier briefing de Roland et en route vers l’erg d’Oubari. Fini les routes
et les pistes, nous traversons les dunes à l’aide de nos GPS.
Notre départ est accompagné par un troupeau de chameaux. La pression des pneus est revue par tous les
chauffeurs car sans cela inutile d’essayer de gravir ses montagnes de sables.
Après parfois plusieurs
tentatives, nous franchissons une, puis deux puis trois dunes. Les moteurs des
4x4 ronronnent doucement, le soleil
nous réchauffe et nous évoluons à travers ce décor sans pareil. Les cordons de dunes resplendissent dans la lumière solaire, avec
des alternances de plaines. La
géométrie de ces ondes de sable nous émeut et nous enchante sous les rayons de
l’aube comme dans l’or du crépuscule, à la lumière de la lune comme dans la
chaleur torride de midi.
Chaque système de dunes ou erg, présente par sa
forme ou sa couleur une certaine particularité. La nuit, un silence parfait
s’installe. On entend le silence, un silence qui a quelque chose de surnaturel,
d’irréel. Tout est totalement immobile sous le ciel brillamment étoilé, il
semble que le monde se soit soudainement arrêté et une paix profonde envahit
progressivement notre âme.
L’erg d’Oubari,
trace des courbes de sable de couleur rouge.
Les ensablements ne nous
effrayent pas et armés de plaques à sables et de pelles nous sortons le
prisonnier des sables. Les crevaisons aussi se suivent et ne se ressemblent
pas. Heureusement chaque véhicule à deux roues de réserve et le soir au
campement pendant que ces dames fristouillent un petit souper, les hommes
réparent les pneus. Dès quatre heures nous montons le campement car, en
janvier, les journées sont courtes et les soirées sont fraîches dans le
désert. Nous les passons autour d’un
feu de camp.
Le Sahara, le plus grand
désert du monde, est une planète minérale où s’affrontent le sable et le roc.
Ce territoire fantasmagorique offre des décors incomparables pour le plus
étonnant des théâtres de l’aventure humaine.
Quand on marche dans le
sable doux et velouté de l’erg, on
n’arrive pas à imaginer que puisse grouiller sous le sol un monde
complexe d’êtres minuscules qui sont adaptés à la vie souterraine. Les
coléoptères, fourmis et araignées sortent la nuit pour se nourrir, mais passent
toute la journée sous le sable et y pondent leurs œufs. Il est impossible de ne
pas voir les mula-mula, petits oiseaux noirs à tête blanche, très sociables.
Ils volètent autour du campement et vous regarde avec la plus grande attention.
Nous n’avons pas vu de
scorpions, animaux nocturnes qui n’aiment pas être dérangés, ni de serpents.
Les serpents sont spécialement détestés par les nomades qui les chassent et qui
n’ont de cesse que lorsque la bestiole ait été tuée et sa tête sauvagement écrasée.
Après avoir traversé l’erg d’Oubari (4 jours de sables), nous
traversons une hamada, un enfer de pierres où
la vie semble tout à fait absente
et arrivons épuisé mais sans trop de casse à Serdeles. Un bon poulet local, un jour de repos, le
plein de mazout et d’eau étant fait, nous repartons pour notre prochaine
découverte.
L’Akakus est un haut plateau montagneux probablement le plus
magnifique paysage du Sahara. Cet
impressionnant ensemble de roches rouges renferme un patrimoine très riche de
valeur artistique et préhistorique. Les
roches sont splendides, découpées par l’érosion et couvertes dans ses grottes
de peintures rupestres, traces des hommes vivant dans cette région il y a des
milliers d’années. Nous partons pour un
grand musée en plein air.
Pour sa traversée, nous prenons des guides locaux à Serdeles car les
sites de peintures rupestres sont protégés et il n’est pas simple pour des
touristes comme nous de repérés ces splendeurs sans l’aides des Touaregs qui
connaissent les sentiers d’accès et les passages labyrinthiques entre les
roches, ou se trouvent les images estompées par le temps.
L’Akakus est parsemé de coloquintes, genêts, des calotropis en fleurs,
et de graminées « drinn ». Cette légère végétation est parfaitement
adaptée à son environnement.
Des centaines d’images s’offrent à nous pour notre plus grand plaisir.
Le soir, les guides nous préparent
le thé, boisson tonifiante faites en partie d’un rituel ancien et
caractéristique de leur culture. Nous gouttons également au pain cuit dans le
sable. Souvenirs inoubliables…
L’oued du Mathendous, creuse soudain le plateau couvert de cailloux
noirâtres, formant un canyon d’une centaine de mètres de profondeur et de 60
kilomètres de long. Nous en restons sans voix. Après un reg épouvantable et
éprouvant pour les hommes comme pour les véhicules nous découvrons ce
lieu. Les parois, polies par l’eau en
des temps reculés, de ce site exceptionnel sont littéralement recouvertes de
représentations de grands animaux (girafes, éléphants, buffles, crocodiles)
gravées d’un trait sûr et profond, dans le roc avec un style et une maîtrise
surprenantes.
Après le Messak, un petit village blanc, Djerma, la capitale mythique
du pays des Garamantes, surgit parmi les palmiers. On ne connaît malheureusement
presque rien de ce peuple berbère de Libye, habitants du Fezzan, il y a deux
millénaires et les légendes se confondent.
Djerma nous accueille avec son
petit camping à la mode africaine qui nous a permis de prendre un
semblant de douche, de faire une lessive rapide et surtout de rencontrer ce peuple accueillant. Nous
passons la soirée avec une famille de touaregs. Le dialogue n’est pas facile
mais les danses, les chants et le thé ont rendu cette soirée inoubliable.
Après un jour de repos, nous poursuivons notre périple vers les lacs
de Mandarat, d’Oum El Ma, et de Gabraoun . Ces lieux sont une beauté
indescriptible et ils sont fort connus des touristes mais nous y étions
seuls. Ces oasis sont des miracles de vie dans une mer de sable,
comme des îles en pleine mer. Les luxuriantes palmeraies se découpent avec
netteté en bordure de dunes. Les lacs saumâtres, fourmillent de petits
crustacés, il est tout à fait déconseillé d’y faire un plongeon.
Pour les populations du Sahara, l’homme ne pouvait exister sans ces
palmiers. Son fruit servait en effet de base à l’alimentation des habitants des
oasis et faisait l’objet d’immenses échanges commerciaux. Il était pour les
caravanes un aliment irremplaçable parce qu’il pouvait être conservé une fois séché.
Aujourd’hui les oasis que nous traversons ont été désertées par leurs
habitants qui préfèrent le confort des villes. En été, les mouches y sont
insupportables.
Après ces quelques jours de bonheur dans le calme des lacs, nous
devons, devant la dure réalité de la vie, reprendre notre chemin vers nos
contrées dites civilisées. Nous prenons la route vers le nord et avant de
quitté ce magnifique pays, nous visitons le site romain de Sabrata.
Celui qui se ferait du Sahara, l’idée d’un lieu monotone se retrouve
lors de son premier voyage devant la réalité des choses : des cailloux
oui, mais de mille couleurs et de mille formes, assemblés en roches bizarres
créées par le vent, éparpillés sur les plaines infinies, empilées en tas
chaotiques.
Les espaces sans borne qui
lui donne son caractère, provoquent des émotions profondes et inspirent des
souvenirs durables : les ergs d’Oubari et le massif de l’Akakus, la
trace des Garamantes - ce peuple légendaire qui eut pour capitale l’actuelle
Djerma - et les gravures du Messak Settafet et les lacs de Mandarat, d’Oum El Ma et de Gabraoun .
Les images instinctives de
la beauté dure, difficile, menaçante quelquefois, de ce désert qui inspire le
respect, resteront à jamais dans nos mémoires.
Depuis l’impossibilité de
voyager en Algérie, la Libye est devenue terre de prédilection pour tout
amateur de traversée du Sahara en 4X4.
Si nos tout-terrains
modernes sont capables de traverser de telles étendues, il faut savoir rester
modeste et toujours se promener au minimum à 3 véhicules. Un incident peut
toujours survenir et nous imposer l’aide des copains. La prudence exige de
s’adresser à une organisation reconnue pour effectuer ce type de voyage. Mondia
TT répond parfaitement à cet objectif, et Roland Guignard est un vieux
baroudeur, qui n’en est pas à sa première expédition.
La préparation du voyage
est très importante. Si aucune modification n’a été apportée à notre HDJ80, la
préparation de l'aménagement intérieur est primordiale et doit tenir compte de
l'ensemble du matériel à emporter, et surtout son arrimage!
Pour notre part, outre les
vêtements et la nourriture nécessaire pour 20 jours (aucun services hôteliers
au cœur de la Libye!), 180 litres de mazout répartis dans 3 réservoirs ainsi
que 200 litres d'eau ont pris place à l'intérieur du véhicule, avec la 2° roue
de secours et le frigo.
Les plaques à sable étaient
fixées sur un châssis de porte-vélo, pour réduire la prise au vent et éviter de
griffer le toit lors de leur manipulation. Sacs de couchage, fauteuils et tente
étaient coincés entre les différentes caisses arrimées.
Ce voyage était notre
première participation à un raid et, comme nous l'avait prévu un amis, les
capacités du Toyota compensent sans problème notre inexpérience!
Pour l'orientation, nous
disposions de l'excellent guide de Jacques Gandini, qui complétait le road-book
fourni par Mondia TT. La Libye est la première destination balisée par le GPS
(Global Positioning System). Ce petit récepteur capte les informations de 3 à
12 satellites géostationnaires, ce qui lui permet de se situer sur la terre et
donc de nous renseigner sur la direction à suivre. Nous étions équipés du GPS2
de Garmin, qui est compact et dont l'écran peut être orienté verticalement ou
horizontalement, suivant votre préférence. Cette particularité nous permet de
le fixer sur la planche de bord au moyen d'un simple scratch. L'arrivée de ces
GPS a supprimé le stress de se perdre dans le désert, à condition de savoir
l'utiliser correctement ce qui nécessite quelque entraînement avant son emploi
intensif au milieu des dunes!
Dans les dunes, nous avions
dégonflé nos pneus d'origine à 1 kg, sans aucun problème. La moitié de
l'équipe, sur le conseil de l'organisateur, avait placé des chambres à air dans
les pneus tubless, ce qui a amené plus de déboires que d'avantages (s'assurer
qu'il n'y a aucune étiquette à l'intérieur du pneu, sous peine de crevaisons
par échauffement de la chambre sur ces bouts de papier!)
Pour le regonflage des
pneus, nous avons été surpris de constater qu'une bonne pompe manuelle, donnait
d'aussi bon résultat que les compresseurs embarqués de type semi-professionnel.
L'ABS n'a pas été
déconnecté sur les HDJ pour la traversée des dunes ou des regs, même si nous
roulions en long rapport.
En ce début janvier, nous
avons bénéficié d'un sable bien portant dans le sable, et la consommation des
HDJ a rarement dépassé 25 litres de mazout. La puissance et le couple de leur
moteur les avantageaient par rapport aux Patrol. La Jeep (essence 170 CV) qui
nous accompagnait, si elle suscitait l'enthousiasme des autochtones, était
handicapée par une boite de vitesse mal étagée. Cela lui a valu plus de
"plantage" que les autres véhicules.
La majorité des véhicules
engagés dans ce raid n'avait reçu aucune préparation spécifique. Le seul point
intéressant à envisager pour nos 4X4 est un renforcement de la suspension. Ce
qui était avantageusement pratiqué par l'ajout d'un "coussin d'air"
dans le ressort de suspension arrière. L'avantage de cette suspension est
d'être modulable suivant la charge et le type de terrain: plus haute dans les
dunes (+ pneus sous gonflés => confort acceptable) et moins de pression dans
les cailloux (+ pneu à 3 kg => amélioration du confort!)
Pour tous ceux qui
disposent d'un 4X4 sérieux et qui aiment la nature, nous ne pouvons que leur
conseiller de découvrir ces immenses étendues fabuleuses.
Avis aux amateurs !